jeudi 20 mars 2014

Note sur Nietzsche

Je n'apprécie pas Nietzsche parce que je n'aime pas son style ("le style c'est l'homme") dans la mesure où je pense que les états d'âme, les émotions et les jugements de valeur n'ont pas leur place dans la philosophie, pas plus qu'il n'ont pas de place dans la science.



En vieillissant je crois comprendre un peu mieux son œuvre et je la comprends comme un constat que Nietzsche a fait de la réalité de son époque, en particulier du colonialisme :

-"La double morale" n'est qu'un constat des deux morales très différente: une qui s'appliquait dans les métropoles et et autres qui s'appliquaient dans les colonies. Les colons avaient droit à la morale de la métropole dans leurs rapports avec d'autres colons. Les colonisés ne bénéficiaient pas de cette morale.


-La religion judéo-chrétienne comme religion d'esclaves part du constat de l'utilisation de la religion faite à son époque pour soumettre les noirs aux USA et en Afrique du Sud.

-L'idée des "hommes supérieurs" et "hommes inférieurs" part aussi du constat dans la situation des colonies.

Cela dit, il y a de forts arguments pour situer à Nietzsche dans l'origine du fascisme (H.F. Taureck, croit en faire la démonstration).

Mon évaluation personnelle est que la critique nietzschéenne de la morale a contribué de manière fondamentale a rendre possible la Shoah:

Beaucoup d'officiers allemands sont sortis de la défaite de 18 avec la conviction  que c'est la morale, les scrupules humanitaires qu'ils avaient qui les ont empêché de gagner la Grande Guerre. En 39-45 ils ont rectifié le tir en se débarrassant de tous les scrupules, avec les résultats qui on abouti aux jugements de Nuremberg et qu'on peut voir dans le mémorial de Yad Vashem.

16 commentaires:

  1. Commentaire de Hervé-élie Bokobza: "Nietzsche était une personne captivante. Les Nazis ont totalement altéré sa doctrine. En aucune manière on ne peut voir en lui un précurseur du nazisme. Son lien avec le Judaïsme est à la fois compliqué est complexé. […] Mais ce qu'il y a de plus attirant chez Nietzsche, c'est qu'il considère le nationalisme comme la pulsion humaine la plus basse et la plus méprisable. Combien de fois ai-je répété au Dr Eldad*: "Vous avez étudié Nietzsche pendant dix ans. Vous y avez investi le meilleur de vos forces, et de vos possibilités. Vous avez contribué à la culture hébraïque, Nietzsche fait parti de la culture européenne, et c'est une bonne chose qu'on puisse le lire en hébreu, grâce à votre traduction. Et vous n'avez pas compris ça ? (Leibowitz - Israël et Judaïsme ma part de vérité p. 114).

    * Israël Eldad: né en 1910 écrivain et essayiste, il a traduit Nietzsche en hébreu.

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  2. Mussolini, Hitler, Göring, Mussolini, Wagner, Schopenhauer, Mao, Fidel, Lenie, Staline, Trotzky, Steve Jobs, Obama, Bill Clinton, Berlusconi, Chávez... sont des "personnes captivantes" et alors ? Affirmer une telle chose sur un personnage est un argument ? Sommes-nous dans un concours de charme ? Ou parlons-nous de philosophie ?

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  3. Nietzsche a influencé le nazisme comme Platon a influencé le christianisme. Dire cela ne rend pas les auteurs responsables de leurs influences. Je n'entre pas dans des spéculations sur si telle ou telle autre chose serait arrivée si untel ou un autre n'avait pas dit ceci ou cela. Mais j'ai le droit d'avoir l'impression que la critique nietzschéenne de la morale a été utile aux criminels nazis qui voulaient se débarrasser des scrupules de la moral. Si ça était le cas, était-ce la faute à Nietzsche ? Non. Est-ce que d'autres lectures de la critique nietzschéenne de la morale étaient et sont possibles ? Oui.

    Les avis d'Eldad et de Leibowitz sont très respectables mais rien ne m'oblige à me soumettre à leur autorité, pas plus qu'a celle de Taureck qui fournit une étude très soignée et argumentée.

    J'ai lu, et relu Nietzsche dans le texte. J'ai fait mes propres recherches sur la possible influence de son oeuvre dans le nazisme. Cette recherche se justifiât amplement par le fait que les nazis se réclamaient de sa philosophie.

    C'est bien de lire les auteurs. C'est mieux d'arriver à ses propres conclusions une fois qu'on a lu ce qu'ont dit les uns et les autres.

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  4. Rika Chaval : "Nietzsche face au problème du fascisme et du racisme
    "Nietzsche a souvent été présenté comme étant un précurseur du nazisme. La réalité est qu'il s'est retrouvé victime des aléas de l'histoire ; et que seules des personnes ayant un quelconque intérêt à perpétuer cette tradition sont responsables de cette réputation. Comme nous allons le démontrer ici, considérer Nietzsche comme un esprit raciste ou fasciste est une aberration."
    Demonstration interessante !
    http://curiositas.free.fr/nietzsche/combats/racisme.htm "

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  5. Rika Chaval : Personellement je doute que le criminel lamda nazi ait été influencé par Nietzsche, parce que déjà il n'avait nullement le besoin de se débarasser de scrupules de la morale. Car il en avait pas. Je parle du lamda. Ceci n'empeche pas que des IDÉOLOGUES nazis se soient servis de Nietzsche pour justifier leur idéologie, bien que les positions de Nietzsche étaient très très éloignés si non contraires au national-socialisme (et du coté "national", et du coté "socialiste", ainsi du coté antisemite et raciste. Je pense surtout que Nietzsche n'aurait pas du tout apprécié que les Nazis se servent de lui, de ses écrits et il ne l'aurait pas toléré (contrairement à Heidegger ...). On peut dire ce que l'on veut, mais Nietzsche est surtout un grand écrivain, pas un besoigneux comme Heidegger, les deux n'ont en fait rien à voir, en particulier sur le plan du courage et de l'honneteté, dont Heidegger était dépourvu ...

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  6. Raphaël Spina Et puis il faut avouer que c'est plus facile de lire Nietzsche et de croire le comprendre que de lire Heidegger...

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  7. Rika Chaval : Nietzsche, un des fondateurs du nazisme ???
    http://www.philalethe.net/post/2007/11/23/Nietzsche-un-des-fondateurs-du-nazisme

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  8. "il aurait établi des thèses anti-Lumières reprises par les nazis. Son rôle de fondateur aurait consisté non à établir le parti politique nazi (la chronologie s’y oppose : Nietzsche est mort en 1900) mais à détruire les valeurs opposées à la naissance d’un tel parti. Il me semblerait plus exact alors de dire que Nietzsche n’est pas un des fondateurs du nazisme mais un de ceux qui ont discrédité les croyances qui lui faisaient obstacle." Voilà en f'autres mots, plus clairs que les miens, ce que je voulais dire. Cela ne devrait empêcher d'apprecier Nietzsche à ceux qui l'apprecient.
    http://www.philalethe.net/post/2007/11/23/Nietzsche-un-des-fondateurs-du-nazisme

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  9. Raphaël Spina : Le nazisme est un enfant dévoyé du romantisme, le communisme un enfant dévoyé des Lumières (Raymond Aron). Et on placera plutôt Nietzsche en effet du côté du romantisme tardif, comme évidemment son ex-ami Wagner. Il n'a certes pas le monopole de la remise en cause des Lumières ou d'une partie des Lumières (même de Juifs comme Freud ou surtout Bergson ont remis en cause le rationalisme déséchant, contribuant à l'enthousiasme avec lequel certains jeunes intellectuels se sont lancés dans la Grande Guerre...).

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  10. Georgy Luckacs, philosophe hongrois, juif et germanophone, . Qui était un apparatchik et apolologète du système stalinien, a pondu un pavé où il fait porter pratiquement à tous les philosophes et intelectuels non marxistes la responsabilité du discrédit des Lumières qui a permis, selon lui, ascension des fascismes http://www.amazon.fr/destruction-raison.../dp/2915854033

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  11. Zeev Sternhell est le chef de file des historiens du fascisme. On ne peut pas balayer d'un revers de la main sa thèse sur Nietzschze.

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  12. Rika Chaval : Non, il ne s'agit pas de balayer d'un revers de la main les thèses de Sternhell. Il est évident que les oeuvres de certains philosophes se pretent plus facilement d'appui idéologique, d'inspiration ou de "carrière à citations" que d'autres à des idéologies fascistes. Mais il faut reconnaitre aussi que le Nietzsche non censuré et remodelé par sa soeur nazi s'y prète déjà beaucoup moins. Et on imagine facilement comment Nietzsche aurait réagi face à des tentatives de récupération par les nazillons qui représentaient en fait tout ce qui l'insupportait.

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  13. Rika Chaval : Le livre de Steven Aschheim est peut-etre plus nuancé sur la reception de Nietzsche en Allemagne entre les deux guerres, c'est du moins ce qui ressort de cette recension: http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1999_num_54_6_279822_t1_1413_0000_001

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  14. Il peut paraître bizarre mais le nazisme, strictu senso, n'était pas une doctrine nationaliste. Le nazisme est une doctrine raciale. Aussi les mouvements néo-nazis actuels, mettent au centre de leur idéologie la suprématie de la race blanche qui tire son origine philosophique de la notion nietzschéenne de "Surhomme" (Übermensch). Ils ne sont pas nationalistes mais racistes.
    Il n'y a donc, à mon sens, aucune contradiction entre l'antinationalisme de Nietzsche et son influence sur le nazisme.

    Personne n'a affirmé que Nietzsche ait eu une influence sur les fascismes italien, français et autres, qui eux étaient effectivement des mouvements nationalistes.

    Les nazis ont exploité le sentiment nationaliste allemand, comme Staline a exploité le sentiment nationaliste russe. Mais cela ne nous permet pas d'en déduire que le "nationalisme" était au cœur des doctrines communiste et nazie.

    Donc l'argument que Nietzche n'a pas influencé le nazisme parce qu'il était antinationaliste est un sophisme.

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  15. Rika Chaval : Il faudra que tu expliques ce non-nationalisme nazi - je doute ! je pense qu'au contraire le nazisme était ultra-nationaliste, mais d'un nationalisme englobant les diasporas allemandes. Aussi, je pense qu'il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas "un nazisme", mais plusieurs courrants.

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  16. Raphaël Spina : Je crois aussi. Le terme générique utilisé pour les partis et groupuscules de l'extrême-droite allemande, nazis inclus, était dans les années 1920 celui de "völkisch", intraduisible, mais qui signifie en gros "national-raciste". Il y a à la fois un ultra-nationalisme et un racisme dans le nazisme.

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