mardi 3 mars 2015

Europe : Les "musulmans" en 2015 et les "juifs" en 1919

Les bolcheviks les plus proéminents et visibles étaient majoritairement juifs. Parmi les 7 membres du Politburo du Comité Central qui on fait le putsch en 1917 (rebabtisé en revolution) 4 étaient juifs.
Kurt Eisner
En Allemagne, un an après le coup des bolcheviks en Russie, 
Kurt Eisner, un juif allemand, abolit la monarchie en Bavière et y déclare une République. Vous imaginez de quelle façon la noblesse, les officiers, la bourgeoisie et les bavarois moyens ont apprécié. A la surprise de personne, le surprénant est que ce ne soit arrivé avant, Eisner fut assasiné en février 1919, cent jours après sa prise du pouvoir - Hitler, qu'à l'époque portait le bandeau rouge de l'armée républicaine, assista au passage de son cortège-. 
Hitler assiste au passage du cortège
Cet assasinat ne ferma pas le chapitre de ce que presque toute la presse et la majorité des bavarois appelaient "la république judéo-bolchevique" (dont l'appellation correspondait à la réalité, au moins à la realité des perceptions de l'époque) mais l'amplifia : En mars, Béla Kun, un juif de Transilvanie, instaure une dictature du prolétariat en Hongrie.
Béla Kun adresse la foule à Budapest
                                                                  Cela inspira à trois anarcho-syndicalistes: Ernst Toller, Erich Mühsam et Gustav Landauer (dans un tel bordel il faut des anarchistes aux manettes), professeurs de lettres, originaires de Galizia (dans l'actuelle Ukraine occidentale) et juifs "comme par hasard" (diraient certains) à prendre le pouvoir à Munich et y déclarer une "République des Conseils" (soviets) régie par la dictature du prolétariat et renommer l'armée républicaine en "Armée Rouge". Suite à un massacre de 40 soldats républicains par des miliciens contre-révolutionnaires, les trois littéraires décidèrent d'arrêter et massacrer la plus notable des familles nobles de Bavière. Après ce scabreux incident, la république fit long feu, et la Bavière connut la vague d'antisémitisme la plus virulente de son histoire -déjà riche en antisémitisme-. Une vraie hystérie collective, ce qu'on appelle "une psychose" antisémite s'est emparé de toute la Bavière. C'est dans ce contexte, en 1919, que Hitler, ayant déjà 30 ans, retourne sa veste, participe dans la délation et arrestation de ses anciens camarades de la garde républicaine et tient  pour la première fois des propos antisémites.


Rosa Luxemburg en pleine agitation
Vous vous direz qu'ailleurs en Allemagne les nobles, les bourgeois, et la classe moyenne étaient à l'abri du fléau "judéo-bolchevique". Pas du tout, eux ils avaient à faire à l'agitation d'une juive polonaise, Rosa Luxembourg, qui n'arrêta de faire des tentatives révolutionnaires un peu partout en Allemagne jusqu'à qu'elle fut assasiné par la police politique du pouvoir socio-démocrate.

Bien entendu que cette agitation antibolchévique, qui par amalgame (comme c'est à la mode de dire maintenant) cibla les communautés juives, ne se limita pas à l'Allemagne. En 1919, en pleine guerre civile,  quand les contre-révolutionnaires reprennent transitoirement l'Ukraine, ils en déportent 100.000 juifs dont personne n'aura plus de nouvelles (https://en.wikipedia.org/wiki/Kiev_Pogroms_(1919)). A Vienne et Budapest des pogroms ponctuels pullulent. La police bavaroise a fait beaucoup d'efforts pour que les mêmes scènes ne se reproduisent à Munich.


Si les musulmans, de croyance ou d'origine, se sentent en 2015 dans une situation très inconfortable à cause du fondamentalisme islamiste, imaginez dans quel inconfort se trouvaient les juifs dans cette période chaotique et dangereuse que fut l'Allemagne de 1919.

Sources : 
R.G. Reuth, Hitlers Judenhass: Klischee und Wirlichkeit. , Piper, Munich, 2009.
Y. Slezkine, The Jewish Century., Princenton, New Jersey, 2004.


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