lundi 21 octobre 2013

Des interprétations (Novembre 2008)

Avec les interprétations je crois avoir fait un parcours "classique" :

J'ai commence à lire les commentaires des parachiot dans des feuilles de choux Loubavitch et équivalentes. Ensuite je me suis rendu régulièrement à des shiurim, de Gilles Bernheim à la rive gauche, et de Yahya Ben Chetrit à la rive droite. Restant sur ma faim, je me suis acheté et lu toute la série des commentaires du Houmach de Nehama Leibowitz, qui m'ont donné envie de lire directement les sources qu'elle citait. J'ai étudié l'intégrale des commentaires du Houmach de Sforno, Nahmanide et, bien entendu, Rachi. J'ai lu aussi, avec horreur, la traduction Soncino du Zohar qui se présente comme un commentaire du Houmach. Je ai aussi lu avec ferveur des commentateurs contemporains, Aryeh Kaplan et Yeshayahou Leibowitz son ceux qui m'ont le plus marqués.

A  cette époque, j'ai même publié quelques commentaires de mon propre cru (Béréchit, Hayey Sarah, Toldot, Vezot Haberakha) sur mon site perso anglophone.

Apprenant que rien de ce Rachi affirme n'est arbitraire ni de son invention j'ai franchi un pas supplémentaire pour connaître d'une manière plus directe les sources de son commentaire :
Toujours limité par le insuffisances de mon hébreu, j'ai attaqué l'intégrale de la traduction Soncino du Midrash Rabbah, ensuite la traduction Blackman des Misnayot et finalement j'ai attaqué le Talmud en commençant par les traductions anglaises de l'édition Steinsaltz, quelques traductions françaises d'Israël Seltzer, et ensuite les éditions Steinsaltz en hébreu et quelques traités de l'ordre Nashim dans l'édition de Vilna.

C'est à ce stade là, c'est-à-dire en moitié du chemin, que je me suis arrêté. Pourquoi ? Je n'aimais pas le chemin, ni l'endroit où il menait, ni les compagnons de route. Même en prenant mes distances en me voyant fictivement comme un "anthropologue" au milieu des sauvages, cela devenait une entreprise trop masochiste. Levi-Stauss n'a pas passé toute sa vie en Amazonie, ni Margaret Mead en Samoa, ni Westermarck en Papouasie, Frazer a rarement quitté Londres.

Ceci dit, je suis devenu sceptique des commentaires bien avant avoir commencé ce périple. Déjà il y a plus de 30 ans j'avais été très marqué par la lecture d'une collection d'essais de Susan Sontag intitulé Against interpretation (le titre est tout un programme) qui dénonçait les dérapages commis par les interprétations dans la critique d'art, son domaine à elle, et d'autres tels que la psychanalyse (à l'époque c'était encore le mien).

Si j'ai acquis quelque chose après l'étude de tant de commentaires et commentaires sur les commentaires, c'est le droit de juger les textes par moi-même. J'ai 58 ans, si ce n'est pas maintenant, quand ? (Hillel).

Et finalement les choses, avec ou sans commentaires, son ce qu'elles sont, comme l'a exprimé Gertrude Stein dans son fameux poème : A rose is a rose, is a rose, is a rose… Où le candidat Obama : You can put lipstick on a pig, it still is a pig, dicton pour lequel il existe aussi une version vénézuélienne : La mona aunque la vistan de seda, mona se queda (Un singe vêtu de soie demeure un singe).

Un texte qu'appelle au génocide, même s'il émane de la main de Dieu, est un méchant texte. Le récit d'une folie criminelle, comme le sacrifice d'Isaac, n'est que le récit d'une folie criminelle et les milliers de commentaires et d'interprétations n'y changent rien.

J'espère que ces quelques mots te permettront de mieux comprendre pourquoi j'ai choisi de ne plus m'associer à l'étude de la Torah et au culte qui lui est voué.

Ce choix n'est que la conséquence de mon adoption de la maxime de Kant :

Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement !

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