Richard Preschel
דְּבַשׁ
וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנֵךְ
(4:11 יר
הַשִּׁירִיםשִׁ)
Résumé : Le Pardèss est la partie ésotérique de la Torah, interdite à
la publication. Pourtant, Maïmonide, poussé par les dramatiques circonstances
de son temps, a trouvé les moyens de mettre par écrit cette tradition sans
transgresser la Loi.
A l’époque de Maïmonide le
judaïsme d’Europe, y compris celui de son Espagne natale, était au bord d’une
totale annihilation. Maïmonide naquit peu après la première Croisade et fut
contemporain des trois suivantes. Aucun désastre d’une telle magnitude n’avait auparavant
frappé les juifs. Même dans son Andalousie natale, pourtant à l’abri des Croisades,
les juifs furent contraints par les fanatiques Almohades à choisir entre la
conversion à l’Islam et l’exile.
Tout comme les survivants de la Shoah et leurs descendants,
les juifs du siècle XII durent se questionner sur le sens des épreuves que leur
imposa l’histoire et sur la place de l’intervention divine[1].
Dans ce contexte Maïmonide était convaincu que le judaïsme risquait de
disparaître dans la mesure où les conditions matérielles de sa survie ne
pourraient plus être assurées[2].
L’existence du judaïsme dépend
fondamentalement de l’étude et transmission de la Torah, plus précisément du
Talmud. Or, le fonctionnement des écoles talmudiques, qui assurent cette étude
et transmission, exige un minimum de stabilité politique impossible à atteindre
au milieu des persécutions de l’époque.
L’intensification des persécutions
anti-juives à l’échelle planétaire explique pourquoi les principales œuvres de
Maïmonide ont comme but de permettre la transmission de l’essentiel du Talmud même en absence d’écoles talmudiques.
Rappelons que, comme son nom l’indique,
la Torah Orale
n’a pas de vocation d’être transmise par écrit. Le Talmud de Babylone[3],
précise qu’il est interdit de répéter
par cœur ce qui est écrit dans la
Torah et il est interdit de lire ce qu’on a appris oralement.
Ce ne sont que des raisons de force majeure qui ont poussé nos Sages à
fixer la tradition orale par écrit. Dans la mesure où les conditions politiques
ne permettaient plus la transmission orale, nos Sages furent confrontés au dilemme
de laisser disparaître cette tradition ou de commettre la transgression de la mettre
par écrit, nos sages ont pris cette dernière option : …il est préférable qu’une lettre de la Torah soit violée à que
toute la Torah
soit oubliée[4].
- La fixation de la Mishna, noyau central du Talmud, a été faite par Rabbi Judah le Prince au IIème siècle de notre ère suite à la destruction du judaïsme palestinien provoquée par la défaite de Bar Kokhba dans la guerre contre la Rome d'Hadrien.
- La Guémara, commentaire autour de la Mishna, fut fixée trois siècles plus tard par Rav Ashi, Ravina et Ravina II suite aux féroces persécutions que les rois sassanides (Yezdegerd II. et Firuz) menèrent contre les juifs babyloniens.
A l’époque de Maïmonide la
situation des juifs était tellement dégradée que la possibilité d’enseigner la Torah Orale était
compromise, même ayant été fixée par
écrit depuis des siècles. En réponse à cette grave crise historique, Maïmonide
réalise dans son Mishnéh Torah, le
premier recueil exhaustif et systématisé de toutes les halakhot. La concision du
Mishnéh Torah il l’obtient au prix de l’exclusion de tous les débats
halakhiques et des aggadoth du Talmud.
Rappelons que les débats
halakhiques du Talmud contiennent les conditions de formulation des lois tandis
que les aggadoth du Talmud contiennent le sens de ces lois, leur raison d’être.
Logiquement Maïmonide aurait dû
composer un recueil synthétique des aggadoth qui fusse complémentaire du
Mishnéh Torah. S'il ne l’a pas fait c'est parce qu'il ne pouvait pas le faire
car la Loi
interdit la publication et la mise par écrit du noyau de cette tradition : la
Torah secrète ou Pardèss constituée
par le Récit de l’Origine (Ma’aseh Béréchit)
et le Récit du Chariot (Ma’aseh
Merkavah).
Insistons sur le point précédant
parce qu'il est central pour cet exposé :
En plus de la Torah orale, fixée par écrit
dans le Talmud, qui constitue un enseignement publique exotérique il y a une Torah Orale secrète ésotérique qui ne peut être transmise qu'en privé par un
maître à un seul élève à la fois et tenant compte de nombre de restrictions. Or
cet enseignement ésotérique est le cœur
même de l’aggadah et renferme le sens ultime et la raison d’être de tout le
système de mitsvoth exposé dans le Mishnéh Torah.
D'une part Maïmonide ne peut pas
commettre une violation aussi grave que la publication de la Torah secrète et d'une autre
il ne peut pas laisser cet enseignement secret disparaître car il est essentiel
à la perpétuation du judaïsme. En d’autres termes, Maïmonide se trouve face au dilemme
de violer la Loi pour la préserver, il va
résoudre ce dilemme en trouvant moyen de transmettre cette tradition tout en
respectant l’interdit de sa transmission : le résultat est cette grande œuvre
de génie, atypique et inclassable qui est le Le Guide des Egarés.
La Mishna Haguigah[5]
et la Guemara
lui correspondant[6] qui
traitent de l’interdit et de la méthode très spéciale à utiliser pour
l’enseignement du Récit du Chariot,
précise que cet enseignement doit s’adresser à une seule personne, digne de le
recevoir et capable de le comprendre par elle-même, de sorte que le maître
procédera par des insinuations et communiquera seulement les grandes lignes
laissant à l’élève la tâche de le compléter.
Pour satisfaire le commandement
que l'enseignement doit s'adresser à une seule personne, Maïmonide rédige le
Guide dans un style pséudo-épistolaire. Dans la dédicace de l'œuvre, Maïmonide
explique que le Guide ne s’adresse qu’à une seule personne, un disciple de
mérite qui dut partir en exile pour échapper aux persécutions. Le Guide est
rédigé comme une conversation. Maïmonide se réfère à cette œuvre avec le terme
arabe Maqâla qui peut vouloir dire traité mais dont le sens premier est conversation. Le Guide est ainsi
présente comme le substitut d'une conversation en tête à tête.
Maïmonide sait que cette mesure n'est
pas suffisante pour contourner l'interdit de rendre public l'enseignement
secret du Pardèss, en définitive il ne
le rend pas public car, concernant cet enseignement, chaque chose qu'il affirme
ou insinue dans un endroit de l'œuvre il le contredit ailleurs, tantôt dans la
même page, tantôt dans un autre chapitre ou dans une autre section. Ceci
revient à ne rien enseigner sur le Pardèss car, selon la logique, celui qui affirme
et nie une chose n'a rien dit sur la
chose en question. Parmi les affirmations contradictoires que Maïmonide propose
c'est au lecteur de choisir quelle est la bonne.
Maïmonide développe plusieurs
tactiques additionnelles afin de décourager les lecteurs qui ne sont pas visés
par son enseignement et, à défaut d'y parvenir, les mettre sur une fausse route
en les laissant croire qu'ils lisent une sorte de traité
théologico-philosophique qui cherche à justifier le judaïsme dans le cadre de
la raison aristotélicienne.
Nous nous trouvons ainsi devant le
cas singulier d'une oeuvre méticuleuse où rien n'est laissé au hasard et qui pourtant
est truffée de diversions, digressions, pièges de toutes sortes et où le sujet
principal, c'est-à-dire le Pardèss, est exposé d'une manière déguisée, désordonnée
et éparpillée.
Pourquoi Maïmonide entreprit un
travail aussi monumental afin de composer un ouvrage voué à être peu compris ?
Contrairement à la lecture du Mishnéh
Torah, ouvrage destiné à tous, jeunes ou vieux, intelligents ou sots -car
nul n'est sensé méconnaître la Loi
et parce que cette connaissance est indispensable à l'exercice du culte, la
lecture du Guide n'est pas
indispensable à la pratique du judaïsme, le Guide s'adresse seulement aux
perplexes capables de comprendre par eux mêmes.
L'enseignement du Guide, bien que n'étant pas indispensable
pour la pratique du judaïsme peut pourtant, dans certaines conditions
historiques, telles que celles vécues par Maïmonide ou les nôtres, être indispensable
à la survie du judaïsme. Car la leçon fondamentale du Pardèss est l'amour inconditionnel que nous devons vouer à l'Eternel.
L'enseignement ésotérique du Récit de la Création affirme cet
amour même si rien dans notre connaissance de la nature nous amène à croire
qu'il ait eu une création du monde, l'enseignement
ésotérique du Récit du Chariot affirme
cet amour même si rien dans notre connaissance de l'histoire et dans notre expérience
personnelle nous amène à croire dans la Providence divine. En d'autres termes :
Ne pas croire que l'Eternel créa le Monde et/ou ne pas croire que l'Eternel intervient
dans l'histoire ne serait pas une raison suffisante pour cesser d'être juif.
Si le judaïsme n'est pas toujours
basé sur la simple croyance, quel est alors son fondement ? C'est à chacun de
le découvrir à condition qu'il soit capable de s'initier à l'étude du Pardèss. Etude
que, de par sa nature secrète ne peut être qu'individuelle et intime.
L'étude du Guide des Egarés est réservée à l'autodidacte. Elle lui permet
d'établir un dialogue individuel avec Maïmonide qui lui apporte des éléments
pour entretenir la flamme du judaïsme malgré les pires conditions de doute et
de perplexité, elle lui apporte aussi des Lumières, non pas celles de
l'Encyclopédie mais plutôt celles de Hannoukah, des lumières à contempler, dont
on n'a pas le droit de se servir, et dans
le cas du Pardèss, dont on ne pourrait
pas se servir même si on le voulait[7].
Tout comme les lumières de
Hannoukah, le Guide des Egarés est une
des plus grandes expressions du génie rabbinique de tous les temps.
SOURCES :
1.
Cette
note c'est très largement inspiré d'un article de Leo Strauss (1899-1973) The Literary Character of The Guide for the
Pexplexed, paru pour la première fois en 1941. J'ai pris connaissance de
cet article vers la fin des années 70 en lisant L'instance de la lettre ou la raison depuis Freud de J. Lacan, qui
le cite.
2.
La
meilleure introduction et vue d'ensemble de l'oeuvre de Maïmonide et de sa
signification pour le judaïsme, a été faite par Yechayahou Leibowitz
(1903-1994) dans une série de conférences radiophoniques à l'intention des
soldats israéliens et qui est finalement parue comme livre en 1980 sous le
titre La Foi de
Maïmonide.
Je ne saurais trop en conseiller la lecture.
Je ne saurais trop en conseiller la lecture.
3.
Pour
la lecture du Guide prenez l'édition
de Maisonneuve & Larose et évitez l'édition Verdier qui en a mutilé
l'appareil critique.
AUTRES LECTURES :
1.
Du
même Leo Strauss vous lirez avec profit Persecution
and the Art of Writing, paru aussi en 1941 et également son How To Begin To Study The Guide Of The
Perplexed paru en 1962.
- Shlomo Pinès (1908-1990), ami de Strauss et traducteur à l'anglais du Guide, a publié en 1963 un essai introduction à l'intention des étudiants de philosophie : The philosophical sources for The Guide of the Perplexed.
- Un ouvrage plus récent et plus poétique sur le même sujet est Homo Mysticus (1999) par José Faur qui fut professeur de mon frère à l'institut Spertus (Chicago).
COMMENTAIRES POSTERIEURS (2012):
La critique mystique de l'œuvre de Maimonide existait déjà de son vivant et ensuite par les immenses critiques que lui adresse Nahmanide et la longue nuit de l'obscurantisme kabbalistique qui persiste jusqu'a nos jours.
Même si j'ai abandonné le sujet depuis belle lurette, je suis curieux des critiques qu'on ait pu adresser à Strauss ou a Leibowitz, parce que bien qu'ils aient partagé un même objet d'étude (Le Guide…) rien d'autre les unissait.
Strauss n'avait qu'un intérêt limité pour le judaïsme, son sujet était la philosophie européenne médiévale (Maimonides, Al Farabi) et son influence sur certains auteurs de l'âge classique (Spinoza, Hobbes, Machiavel, Marsilius de Padua …).
Leibowitz avait un tout autre problème, concilier la stricte éducation juive qu'il avait reçu dans le milieu mitnaged dans la "Jérusalem du Nord" qui était Vilna, avec le Sionisme et, plus difficile encore, avec la neurophysiologie et les science de la nature en général. Je crois qu'il n'a jamais eu d'échange entre eux et très probablement ils ne connaissaient pas leurs œuvres réciproques.
Les conclusions de Strauss et Leibowitz ne sont pas le mêmes :
Pour Leibowitz Le Guide est la théorie qui explique le préceptes pratiques du Mishné Torah et qui amènent Leibowitz à une conclusion: même si tout les mitsvot son également importantes, la mitsva de l'étude de la Torah est la plus importante de toutes. Selon Leibowitz Le Guide affirme la supériorité de la raison sur la pratique et sur la mystique, la principale tâche de l'homme étant la compréhension de la Torah.
Pour Strauss, Maïmonide est un modèle de choix pour démontrer comment on peut dire des choses "entre les lignes", comment ce qui est halkhiquement interdit de dire, peut être dit d'une manière détournée, camouflée.
C'est la connaissance de la lecture de Strauss qui permet au professeur Faur (1998) d'affirmer que Maïmonide réellement était un mystique –qui vous fait croire qu'il est rationaliste, un platonicien –qui vous fait croire qu'il est aristotélicien, un rabbin –qui vous fait croire qu'il es un philosophe.
J'ai publié ce texte su le site de la CJL, il devait être la version écrite d'un shiur que je devais faire pour la veillée d'études de Chavouot, et j'y ai renoncé parce qu'on m'avait programmé au milieu de la nuit, où mon oreiller a été le seul à profiter des lumières que je voulais partager.
Leibowitz était très didactique. Ses plus grand efforts étaient orientés à se faire comprendre le mieux possible et par le plus grand nombre.
Par contre, Strauss, dès sa thèse Die Religionskritik Spinozas, écrite à 31 ans, son style est déjà difficile, tout comme l'est son sujet le Tractatus de Spinoza. Mais encore à l'époque, la très libérale République de Weimar, l'Université allemande était contrôle par les églises, et une profession ouverte d'athéisme lui aurait empêche d'obtenir le doctorat (qui peu après lui a sauvé la vie en lui permettant d'émigrer aux USA en 34). Dans cette thèse Strauss affirme que le panthéisme de Spinoza n'est qu'un déguisement de son athéisme (que Spinoza non plus ne pouvait pas exprimer publiquement à son époque). Dans ce début des années 30 il était très incitateur d'antisémitisme qu'un philosophe juif se déclare athée, parce que le les antisémites affirment que la religion juive est une religion athée. Cette thèse de la "religion athée" est antérieure au nazisme, elle a été énoncée avec force par Paul Lagarde (fin 19ème), un orientaliste allemand qui devient fondateur du mouvement "Volkisch" qui définit l'ambiance idéologique dans laquelle les futurs nazis grandiront, dont l'argument central était: "Les juifs sont athées. Pour preuve le premier livre de la Bible qui parle des juifs, le Livre d'Esther, ne mentionne pas Dieu. Conclusion: Le judaïsme est une conspiration tribale, leur religion est un instrument pour garder la cohésion interne et pour faire croire aux autres que ce n'est qu'une religion".
Dans cette thèse Strauss parle déjà, en forme déguisée, entre lignes, de son propre athéisme. En parlant de Spinoza, Strauss dit qu'on ne peut à la fois être religieux et philosophe, et Strauss a clairement choisi la philosophie contre la religion.
Dans les USA de 1952, quand Strauss publie "Persecution and the Art of Writing" qui contient l'étude "The Literary Character of The Guide for the Perplexed" (1941) il très inquiet par les persécutions maccarthistes qui font rage dans les universités américaines. Donc, Strauss s'est toujours exprimé de manière ésotérique au risque d'être mal compris. Et Leibowitz, malgré tout le mal qu'il s'était donné, a aussi été souvent mal compris, et incompris, à juste titre, mais cela est déjà un autre sujet.
Il existe aussi une lecture du Guide qui a permis à certains de supposer que Maïmonide était athée. Je ne suis pas d'accord parce que pour Maïmonide lui-même la question de l'existence de Dieu n'était pas un problème, le rapport entre le Rambam (Osgood) et Dieu (Daphné) est parfaitement décrit dans la réponse qui ferme le film "Certains l'aiment chaud" : Dieu (Daphné) dit "You don't understand, Rambam, I DON'T EXIST" et Rambam (Osgood) répond, "Well.. nobody's perfect".
La critique mystique de l'œuvre de Maimonide existait déjà de son vivant et ensuite par les immenses critiques que lui adresse Nahmanide et la longue nuit de l'obscurantisme kabbalistique qui persiste jusqu'a nos jours.
Même si j'ai abandonné le sujet depuis belle lurette, je suis curieux des critiques qu'on ait pu adresser à Strauss ou a Leibowitz, parce que bien qu'ils aient partagé un même objet d'étude (Le Guide…) rien d'autre les unissait.
Strauss n'avait qu'un intérêt limité pour le judaïsme, son sujet était la philosophie européenne médiévale (Maimonides, Al Farabi) et son influence sur certains auteurs de l'âge classique (Spinoza, Hobbes, Machiavel, Marsilius de Padua …).
Leibowitz avait un tout autre problème, concilier la stricte éducation juive qu'il avait reçu dans le milieu mitnaged dans la "Jérusalem du Nord" qui était Vilna, avec le Sionisme et, plus difficile encore, avec la neurophysiologie et les science de la nature en général. Je crois qu'il n'a jamais eu d'échange entre eux et très probablement ils ne connaissaient pas leurs œuvres réciproques.
Les conclusions de Strauss et Leibowitz ne sont pas le mêmes :
Pour Leibowitz Le Guide est la théorie qui explique le préceptes pratiques du Mishné Torah et qui amènent Leibowitz à une conclusion: même si tout les mitsvot son également importantes, la mitsva de l'étude de la Torah est la plus importante de toutes. Selon Leibowitz Le Guide affirme la supériorité de la raison sur la pratique et sur la mystique, la principale tâche de l'homme étant la compréhension de la Torah.
Pour Strauss, Maïmonide est un modèle de choix pour démontrer comment on peut dire des choses "entre les lignes", comment ce qui est halkhiquement interdit de dire, peut être dit d'une manière détournée, camouflée.
C'est la connaissance de la lecture de Strauss qui permet au professeur Faur (1998) d'affirmer que Maïmonide réellement était un mystique –qui vous fait croire qu'il est rationaliste, un platonicien –qui vous fait croire qu'il est aristotélicien, un rabbin –qui vous fait croire qu'il es un philosophe.
J'ai publié ce texte su le site de la CJL, il devait être la version écrite d'un shiur que je devais faire pour la veillée d'études de Chavouot, et j'y ai renoncé parce qu'on m'avait programmé au milieu de la nuit, où mon oreiller a été le seul à profiter des lumières que je voulais partager.
Leibowitz était très didactique. Ses plus grand efforts étaient orientés à se faire comprendre le mieux possible et par le plus grand nombre.
Par contre, Strauss, dès sa thèse Die Religionskritik Spinozas, écrite à 31 ans, son style est déjà difficile, tout comme l'est son sujet le Tractatus de Spinoza. Mais encore à l'époque, la très libérale République de Weimar, l'Université allemande était contrôle par les églises, et une profession ouverte d'athéisme lui aurait empêche d'obtenir le doctorat (qui peu après lui a sauvé la vie en lui permettant d'émigrer aux USA en 34). Dans cette thèse Strauss affirme que le panthéisme de Spinoza n'est qu'un déguisement de son athéisme (que Spinoza non plus ne pouvait pas exprimer publiquement à son époque). Dans ce début des années 30 il était très incitateur d'antisémitisme qu'un philosophe juif se déclare athée, parce que le les antisémites affirment que la religion juive est une religion athée. Cette thèse de la "religion athée" est antérieure au nazisme, elle a été énoncée avec force par Paul Lagarde (fin 19ème), un orientaliste allemand qui devient fondateur du mouvement "Volkisch" qui définit l'ambiance idéologique dans laquelle les futurs nazis grandiront, dont l'argument central était: "Les juifs sont athées. Pour preuve le premier livre de la Bible qui parle des juifs, le Livre d'Esther, ne mentionne pas Dieu. Conclusion: Le judaïsme est une conspiration tribale, leur religion est un instrument pour garder la cohésion interne et pour faire croire aux autres que ce n'est qu'une religion".
Dans cette thèse Strauss parle déjà, en forme déguisée, entre lignes, de son propre athéisme. En parlant de Spinoza, Strauss dit qu'on ne peut à la fois être religieux et philosophe, et Strauss a clairement choisi la philosophie contre la religion.
Dans les USA de 1952, quand Strauss publie "Persecution and the Art of Writing" qui contient l'étude "The Literary Character of The Guide for the Perplexed" (1941) il très inquiet par les persécutions maccarthistes qui font rage dans les universités américaines. Donc, Strauss s'est toujours exprimé de manière ésotérique au risque d'être mal compris. Et Leibowitz, malgré tout le mal qu'il s'était donné, a aussi été souvent mal compris, et incompris, à juste titre, mais cela est déjà un autre sujet.
Il existe aussi une lecture du Guide qui a permis à certains de supposer que Maïmonide était athée. Je ne suis pas d'accord parce que pour Maïmonide lui-même la question de l'existence de Dieu n'était pas un problème, le rapport entre le Rambam (Osgood) et Dieu (Daphné) est parfaitement décrit dans la réponse qui ferme le film "Certains l'aiment chaud" : Dieu (Daphné) dit "You don't understand, Rambam, I DON'T EXIST" et Rambam (Osgood) répond, "Well.. nobody's perfect".
[1] "…la conscience d’une partie
des fils de notre peuple est absente et embrouillée, leur cœur chavire, le
doute les prend, leur raison est embrouillée…" Maïmonide, Epître
au Yémen p.112
[2]
…la persécution s’étend pour
nous d’une extrémité du monde à l’autre … ibid. supra p. 111
[4] Ibid. supra
[5] 2:1
[7] …mon but est
(de faire en sorte) que les vérités y soient entrevues, et qu’ensuite elles se
dérobent, afin de ne pas être en opposition avec le but divin, auquel
d’ailleurs il serait impossible de s’opposer… Guide I p 10 supra. Cette affirmation renferme un paradoxe :
Pourquoi la Torah nous interdit quelque chose d'impossible ?
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