Talmud de Babylone
Traité Ketoubot 16b-17a
"Nos Sages ont enseigné : Comment devons-nous (les rabbins) danser avec la fiancée ?
L'école de Shamaï dit : "A chaque fiancée ce qui lui correspond." mais l'école de Hillel dit : "La fiancée est belle et charmante."
L'école de Shamaï demande à l'école de Hillel : Si la fiancée est borgne ou mutilée devons nous dire qu'elle est belle et charmante ? La Torah nous commande d'éviter le mensonge."
L'école de Hillel répond : "Si quelqu'un revient du marché après avoir fait un mauvais achat, devons nous louer ou critiquer cet achat ? Nous devons le louer parce que nos Sages on dit que nous devons toujours être aimables avec les gens.""
Explication:
Ecoles de Shamaï et de Hillel :
Il s'agit d'une discussion qui a eu lieu dans les siècles II ou III de notre ère, vers la fin de l'Antiquité qui était tout de même l'Antiquité.
Les rabbins étaient divisés entre deux grandes écoles : L'école palestinienne (de Shamaï) et l'école babylonienne (de Hillel). L'école de Shamaï était plus littéraliste et rigoriste dans l'interprétation des textes tandis que l'école de Hillel était plus pragmatique dans l'application des préceptes.
En général, le Talmud, tant dans sa version palestinienne que dans sa version babylonienne, retient, sauf des très rares exceptions, les avis de l'école de Hillel.
Les mariages au temps du Talmud :
Rien n'est plus difficile pour un moderne que de tenter de se situer dans l'époque du Talmud. Comprendre les Papous ou les Yanomamo serait une tâche beaucoup plus facile.
Mon ami Javier Arroyuelo m'a dit une fois qu'étudier le passé c'est comme étudier une civilisation d'une autre planète. La lecture du Talmud donne un sentiment de bizarrerie et d'étrangeté comme celle que l'on peut éprouver quand on regarde le Satyricon de Fellini.
Les cérémonies de mariage duraient sept jours. Dans chacun de ces jours les jeunes mariés offraient un bon repas aux convives. La définition d'un bon repas était un repas où l'on mange de la viande. Car à l'époque, là bas et en Europe on ne mangeait de la viande que dans des occasions spéciales. La nourriture de tous les jours était essentiellement composée de légumineuses (haricots et pois secs) et des céréales (blé, orge, sarrazin, froment).
Appart les procession nuptiales, dont j'ai parle dans une note antérieure (La meilleure leçon du Talmud), il y avait d'autres rites à effectuer, tels que la récitation de sept bénédictions nuptiales –pratique retenue de nos jours- le chant et la danse avec la jeune mariée - Rav Aha, qui était un costaud, était connu dans le Talmud pour danser avec la jeune mariée assise sur ces épaules- et l'éloge ritualisé de la beauté et le charme de la jeune mariée.
Le débat entre les deux écoles est simple : L'école de palestinienne affirme qu'il ne faut pas dire qu'une fiancée est belle si elle ne l'est pas. L'école babylonienne affirme qu'il faut dire qu'une fiance est belle même si elle est borgne et chauve.
Quel enseignement en tirer (si enseignement il y en a) ?
Un enseignement très simple mais que peu de gens appliquent.
Combien de fois ne disons nous ou entendons dire à quelqu'un qui a fait une transaction irréversible (il a déjà payé, signé chez le notaire, obtenu sa carte grise,…) "Tu t'est fait avoir", "Je te l'aurais trouvé pour moins cher", "Cette tire est bonne pour la casse", "Les travaux de cette maison vont te ruiner", etc., etc. ? En faisant cela nous gâchons le plaisir de l'acheteur pour avoir le plaisir de lui montrer que nous sommes plus mains que lui. Comme l'acheteur ne peut rien faire pour changer son achat, nous lui provoquons un chagrin inutile.
S'abstenir de faire de tels commentaires, qui n'ont rien de constructif, entre dans la définition talmudique de "être aimable avec les gens".

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