vendredi 17 mars 2017

L'interdit du recensement

Nombres B’midbar 1:1-2

Descriptif : Dans le Talmud de Babylone (Yoma 22b) Rabbi Nahman ben Isaac, en citant Osée 2 :1 (le nombre des Benéi Israël sera comme le sable de la mer, qui ne se mesure ni compte), affirme que celui qui compte un juif commet deux fautes (mesurer et compter).

Le commandement du recensement par lequel commence notre paracha :

« Relevez les têtes de toute la communauté des Benéi Israël, pour leurs clans, pour la maison de leurs pères, au nombre des noms, tout mâle, par crâne... » Nombres 1:2

est expliqué par Rachi : “En comptant des shekalim, un demi shekel par tête”

L’explication de Rachi est cohérente avec ce qui est écrit en Chémot (Exode) 30 :12 :

« Oui, tu porteras la tête des Benéi Israël en leurs recensements : chaque homme donnera la rançon de son être à Adonaï quand il les recensera. Il ne sera pas contre eux de fléau quand il les recensera.
13. Ils donneront cela, tous ceux qui passent au recensement : une moitié de sicle au sicle du sanctuaire, vingt guéra le sicle ; une moitié de sicle en prélèvement… »

mais qui contredît le verset de notre paracha qui ordonne le recensement "par crâne".

Abravanel contredit Rachi sur ce point quand il affirme que le prélèvement des shekalim était pour les besoins liés à la construction du Michkan et non un moyen pour empêcher le décompte direct des personnes. Selon lui recenser directement, quand c’est ordonné par Hachem, ne peut pas porter de tort.

Le roi David a commis une grave faute en recensant le peuple, ce qui a provoque une grande épidémie:

« Le coeur de David le frappe, après qu’il eut compté le peuple. David dit à Adonaï : « J’ai fort fauté en ce que j’ai fait. Maintenant, Adonaï, fais donc passer le tort de ton serviteur. Oui, j’ai été fort insensé. ... 15. Adonaï donne la peste en Israël, dès le matin et jusqu’au temps du rendez-vous. Il meurt parmi le peuple, de Dân à Beér Shèba‘, soixante-dix mille hommes. » Samuel II:24 10 et 15

En effet le recensement des juifs est interdit par la halakha. Rambam (Maïmonide) l’affirme clairement : “Il est interdit de compter Israël à moins de le faire par l’intermédiaire d’autre chose, comme c’est écrit :Il les a comptés avec des brebis" (Samuel I 15 :4). Cet interdit est en vigueur même quand le recensement est fait pour effectuer une mitzvah, telle que compter un minyane…” Hilkhot Temidim OuMoussaffim (4:4)

Dans le Talmud de Babylone (Yoma 22b) Rabbi Nahman ben Isaac, en citant Osée 2 :1 (le nombre des Benéi Israël sera comme le sable de la mer, qui ne se mesure ni compte), affirme que celui qui compte un juif commet deux fautes : mesurer et compter.

Les juifs orthodoxes très observants récitent un verset de dix mots (Psaume 28:9) pour calculer si le minyane est réuni:  הֹושִׁ֤יעָה אֶת־עַמֶּ֗ךָ וּבָרֵ֥ךְ אֶת־נַחֲלָתֶ֑ךָ וּֽרְעֵ֥ם וְ֝נַשְּׂאֵ֗ם עַד־הָעֹולָֽם 
(Sauve ton peuple, bénis ta possession; fais-les pâturer, porte-les jusqu’en pérennité !)

Les tabous liés au décompte de personnes, animaux et biens existent dans les croyances et superstitions de très nombreux peuples. La croyance fondamentale est que ce dénombrement attire des malheurs, comme en témoigne l’ancien dicton français : "Brebis comptées, le loup les mange."                                                                                                            
• Les Bavarois croient que compter l’argent le fait diminuer.

• Les Danois croient que si l’on compte les œufs couvés, la poule va les écraser. De même que compter les souris ou les poux les fait s'accroître.

• Les Grecs et les Arméniens croient que compter les verrues les fait se multiplier.

• Les Lapons refusent de se compter ou de compter leur bétail par peur que cela provoque une mortalité accrue.

• Les Massaï d’Afrique ont la même croyance, ils comptent avec des chiffres arrondis ou imprécis ; seuls les personnes ou animaux décédés peuvent être comptés avec précision, car le décompte ne peut pas les faire mourir une deuxième fois.

• Les Khoïkhoï (connus par les européens sous le nom de Hottentots) considèrent que dénombrer les membres d’un groupe est de très mauvais augure car cela provoquera la mort d’un des membres.

• Les vénézuéliens de Caracas croient que les portraits en groupe portent malheur à ceux qui y figurent, et qu’une fois le portait fait, les membre du groupe dépériront un par un ou pire, par plusieurs.

• Les Gallas de l’Afrique de l’Est considèrent que le décompte de leur bétail porte malheur et empêche leur multiplication.



• Les indiens Cherokee s’abstiennent de compter leurs melons et courges avant qu’ils aient finis de pousser par peur que le décompte n’arrête leur croissance.

• Les indiens Omaha refusent de connaître leur propre âge par peur qu’un mauvais esprit n’écourte leurs jours.

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Pour en savoir plus, lissez le classique de Sir James George Frazer Folklore in the Old Testament Tome III Chapître 9 (The Sin of a Census) publié pour la première fois en 1919 et Studies in Bamidbar de Nehama Leibowitz, chapître 2 (Forbidden and Permited Census) publié en 1996

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