dimanche 4 juin 2017

Des franges pour mémoriser

Nombres B’midbar 15:39

Descriptif : En quoi et comment la vue des franges peut-elle rappeler les commandements ?

des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements…
B’midbar 15:39  

La Parachat Chela’h Lekha se termine par le paragraphe du commandement des franges que nous prononçons à la fin de chaque récitation de la prière du Shema.
En quoi et comment la vue des franges peut-elle rappeler les commandements ?

Le Midrash Tanhouma (Korach 12) propose une explication :
La valeur numérique (guématria) du mot tsitsit (hébreu pour frange) est 600 auquel on ajouté les 8 cordes et 5 nœuds qui le composent, ce qui donne 613.

613 est le nombre qui selon le folklore rabbinique comptabilise les mitsvoth (commandements) de la Torah.

Pourtant la Torah ne nous parle que des franges, rien n’y est dit sur les nœuds.

La première référence à l’obligation de faire des nœuds dans les franges nous la trouvons dans le Traité Menachot (pages 38b et 39a) du Talmud de Babylone.

Dans son commentaire du Talmud, Rachi affirme que le regard des nœuds est le moyen pour le rappel des commandements. Le Ramban (Nahmanide), restant plus proche du verset de la Torah, affirme que c’est le regard du cordon d’azur (petil tekhelet) qui permet ce rappel.

Je crois que dans ce petit débat qui oppose Rachi et Ramban (le souvenir dépend du regard des nœuds / le souvenir dépend du regard du cordon d’azur) l’anthropologie donne raison au premier, car l’utilisation de nœuds, comme forme d’écriture et de comptabilité, est l’une des pratiques les plus anciennes de l’humanité.

Selon la tradition chinoise, l’écriture par nœuds (quipus ou khipus) est aussi ancienne que la maîtrise du feu. Les deux inventions sont attribuées au mythique Empereur Suy-jin-she, le Prométhée Chinois.

Cette primitive technique d’enregistrement se retrouve un peu partout dans le monde : de l’Afrique à l’Asie, des Iles Hawaii aux Amériques.

E.B. Tylor [1] soutient que, s’agissant d’une technique aussi simple et évidente (faire un nœud dans son mouchoir pour ne pas oublier de faire quelque chose) le plus probable est qu’elle et ait été réinventée par chacune des cultures qui s’en sont servies.

L’utilisation de quipus (mot Quechua pour nœud) a pris sont plus grand essor au Pérou où cette technique était déjà utilisée il y a 4500 ans.

Quipu bolivien

Très proche du quipus sont les wampums ou sewans, cordes ou ceintures utilisées par les Amérindiens aux États-Unis comme un objet rituel et religieux, où le comptage ou écriture se fait grâce à des petits objets (perles, noyaux, coquillages) enfilés sur des cordes.

De façon analogue à nos franges (tsitsit), qui nous rappellent nos commandements, d’autres religions utilisent des chapelets pour le décompte des prières récitées : Citons comme exemples le rosaire des Catholiques, le mishbaha des Musulmans et le mâlâ des Bouddhistes et des Hindouistes.


Notes :

[1] Researches into the early history of mankind and the development of civilization (1878) p. 154 et ss.

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